Le casse de Brinks Mat

Il s’agit ici du casse le plus célèbre des temps modernes, non seulement en raison des quantités d’or qui ont été volées, mais aussi parce que les évènements qui se sont déroulés au cours des mois et années qui ont suivi ont été dignes d’un film de Guy Ritchie.

Ce casse a été si célèbre que même trente ans après les faits, certains journaux sont revenus sur l’évènement et sur ses étranges circonstances :

Un groupe de six hommes masqués s’est introduit dans l’entrepôt Brinks Mat de l’aéroport d’Heathrow, à Londres. L’un des six hommes portait une cagoule jaune couronnée d’un chapeau en feutre.

Les hommes avaient été avertis par un garde de sécurité de l’arrivée dans l’entrepôt de 3 milliards de livres en espèces.

Le groupe, dirigé par Brian Robinson et Micky McAvoy, a obtenu cette information (incorrecte) ainsi que l’accès à l’entrepôt de la part du garde de sécurité (et beau-frère de Robinson), Anthony Black.

Les hommes ont rassemblé les gardes de sécurité et les ont ligotés avant de les asperger d’essence. Ils les ont ensuite menacé de les brûler vifs s’ils ne leur donnaient pas accès aux coffres. Il ne leur a pas fallu longtemps pour identifier les deux supérieurs de l’équipe de sécurité. Grâce à ces deux individus, les six hommes ont pu obtenir les clés et la combinaison du coffre.

En revanche, ils ont été surpris de découvrir que le coffre ne contenait pas 3 millions de livres en espèces, mais 76 caisses remplies d’or physique. 6.800 barres d’or, d’un poids total de 3 tonnes, ainsi que quelques sacs d’espèces et des diamants bruts, d’une valeur marché de 25 millions de livres. L’or devait partir pour l’Extrême-Orient.

Réjouis de leur bonne fortune, les bandits ont utilisé un chariot élévateur pour placer l’or dans leur fourgonnette (qui ne devait au départ que transporter du papier) avant de prendre la fuite au milieu de la nuit, le bas de leur véhicule raclant le tarmac.

Le casse s’est avéré facile. Mais ce sont ses conséquences qui se sont prouvées sanglantes, et bien différentes du dénouement heureux que les voleurs avaient espéré.

Wensley Clarkson, auteur de The Curse of the Brinks Mat Robbery – Twenty Five Years On, est revenu sur les mésaventures des six coupables et les compare à celles d’Howard Carter et de son équipe suite à l’excavation de la tombe de Toutankhamon.

Vingt personnes auraient trouvé la mort en conséquence du casse, chacune d’entre elles en raison de leur cupidité ou de leur colère. L’une des morts les plus célèbres liées à l’affaire est celle du voleur de grand chemin, Charlie Wilson. Wilson avait été employé pour blanchir une partie du butin volé à Brinks Mat, mais s’est prouvé incapable d’effectuer sa tâche et a fini par coûter à la bande quelques 3 millions de livres. En 1990, Wilson et son chien malamute ont été tués par balle sur le pas de leur porte, par un jeune homme sur un vélo jaune.

Avant même que le casse n’ait lieu, il était déjà affecté par la cupidité et l’inconduite des individus impliqués. Black (sans qui le casse n’aurait jamais eu lieu) s’est par exemple réveillé dix minutes en retard.

Il n’a pas été difficile pour la police d’identifier Black comme le complice interne. Black a, à son tour, identifié Robinson et McAvoy (qui lui a ensuite donné un coup de tête dans les locaux de la police). Mais ce n’est pas comme si les deux hommes s’étaient montrés discrets.

Chose incroyable, Robinson comme McAvoy se réjouissaient ouvertement de leur réussite. Les deux ont dépensé une grande partie de la somme dérobée sur des propriétés dans le Kent, au sud-est de l’Angleterre. Les deux chiens de garde de McAvoy, des rottweilers, ont même été appelés Brinks et Mat.

Les autres coupables ont-ils été arrêtés ? Seuls Robinson et McAvoy ont été emprisonnés pour leur rôle dans le casse, les deux pour une durée de vingt-cinq ans.

Bien évidemment, le problème que pose le vol de 6.800 barres d’or marquées par leur fabriquant est de tenter de les fondre sans attirer l’attention. On estime que 10 millions de livres d’or n’ont jamais été retrouvées, alors qu’autour de 13 millions de livres ont été fondues et vendues sur le marché ouvert.

Deux jours après le casse, un couple a alerté la police de la présence d’un creuset chaud dans une cabane du voisinage. Ayant établi la connexion avec le récent casse de l’entrepôt Brinks Mat, le couple a décidé d’alerter les autorités. En revanche, lorsque la police s’est rendue sur les lieux, elle a déclaré que le jardin du voisin était en-dehors de sa juridiction, et que les autorités compétentes seraient alertées. Aucune déposition n’a été prise. Il a fallu attendre 14 mois pour que la police se rende sur les lieux, une descente qui a débouché sur l’arrestation de Brian Palmer (bijoutier et revendeur de métaux précieux) pour son implication dans le casse. L’homme n’a cependant jamais été inculpé, et a toujours décrété ignorer la provenance de l’or.

Avant son procès, McAvoy a confié son or à Kenneth Noye, à qui il a demandé de s’en « débarrasser ». Pour ce faire, ce dernier a eu recours à une société basée à Bristol pour mélanger le métal à du cuivre et de l’étain et lui donner l’air de débris d’or et de vieilles pièces jaunes. On estime que 13 millions de livres d’or ont été blanchis de cette manière. Mais ce n’est qu’après que de grosses sommes de monnaies sont passées par une banque locale que les soupçons de la Banque d’Angleterre ont été éveillés.

Un mois seulement après le casse, dix barres ont été saisies par la police italienne dans un hôtel de Vienne. Ces barres portaient les marques et les numéros de série correspondant à ceux des barres volées à Brinks Mat. En revanche, une fois fondues, elles se sont avérées être fourrées au tungstène, ce qui signifie qu’il ne pouvait pas s’agir des barres volées. Dix hommes arrêtés à Vienne ont avoué avoir tenté de faire passer ces fausses barres pour l’or dérobé à Heathrow.

McAvoy a tenté de réduire sa peine en offrant de rembourser une partie de l’argent volé. Mais il ne lui restait plus rien du butin, et en janvier 1995, la Cour suprême lui a demandé de verser la somme de 27.488.299 livres, le rendant seul responsable de la somme volée, et faisant de lui un homme ruiné.