Les allemands et l’or

L'allemagne forme avec la France le couple moteur de la zone euro. Si on regarde un peu plus en détail, on remarque que la banque centrale européenne maintient la plupart des économies européennes sous perfusion afin de préserver l’illusion d’une certaine cohésion monétaire. Nombreux sont ceux qui prédisent la fin de la devise européenne dans un processus plus ou moins cataclysmique. Dans une étude Kantar TNS de 2016 portant sur le comportement de 2 000 investisseurs allemands, 42% des personnes interrogées faisaient davantage confiance à l’or qu’à l’euro ou autres devises traditionnelles.

Quelques chiffres pour étayer cette tendance. Alors qu’entre 1995 et 2007, la demande moyenne allemande en or était de 17 tonnes par an, le dernier rapport du World Gold Council indique que le métal jaune a connu un brusque regain d’intérêt chez nos voisins d’Outre-Rhin jusqu’à atteindre 134 tonnes pour la seule année 2009.

Et depuis, cette demande se maintient aux alentours d’une centaine de tonnes par an, tant en pièces qu’en lingots (pour une valeur de 6,8 milliards d’euros), ce qui fait de l’Allemagne le plus gros acheteur d’or par habitant en 2016 (1,45g par personne environ), devançant même la Chine (0,65g/habitant) et l’Inde (0,5g/habitant).

Ce n’est un secret pour personne que les Allemands n’aiment plus vraiment l’euro tel qu’il existe aujourd’hui. Si aux débuts de l’Union monétaire européenne, ils avaient l’impression de disposer d’un super-deutschemark à l’échelle d’un continent, ils ont vite déchanté en voyant que leur monnaie traditionnellement forte pâtissait des politiques des autres pays de l’Europe dont certains avaient une nette tendance à tirer la devise vers le bas. Aujourd’hui, ils se tournent tout naturellement vers ce qui reste une valeur refuge face à la dégradation de la devise supranationale, et surtout après la monumentale crise financière qui a ébranlé le monde ces dix dernières années.

Dans l’étude Kantar TNS précédemment citée, 57% des personnes ayant investi en pièces et en lingots d’or l’ont fait «pour protéger leur richesse». D’ailleurs un véritable réseau de négoce d’or s’est rapidement développé en-dehors du cadre bancaire, avec près de 150 entreprises spécialisées permettant de répondre à la demande des Allemands qui recherchent clairement de l’or physique dont ils peuvent effectivement prendre livraison dès qu’ils le souhaitent.
Tout récemment, la Banque centrale européenne a choisi de réduire son apport de liquidités sur les marchés tout en maintenant les taux d’intérêts à un niveau encore très bas. Dans ce contexte, certains ont commencé à voir resurgir les vieux démons d’une “monnaie qui ne vaudrait plus rien“, avec en bout de course le spectre de l’hyper-inflation traumatisante pour des générations d’Allemands. Et le fait que les banques allemandes aient demandé à leurs clients de conserver leurs liquidités n’a fait que renforcer cette impression. Quelque chose de désagréable serait-il en train de se préparer ?

Dans ces conditions de s’étonner de l’intérêt des Européens pour l’or d’investissement, même si l’économie allemande s’est rarement aussi bien portée : 4,4 % de chômage et une opinion généralement globalement positive des Allemand quand à leur propre situation financière personnelle.

Mais en dépit de ces bonnes nouvelles, et si on occulte la crainte quasi atavique d’un retour aux années noires de l’après-Première Guerre mondiale, les Allemands achètent également de l’or parce qu’ils y voient un important facteur de diversification ainsi qu’une formidable réserve de valeur, notamment en cas de disparition de l’euro. 59% d’entre eux sont d’ailleurs persuadés que l’or ne perdra jamais sa valeur à long terme, ce qui n’est pas le cas des devises nationales et supranationales, et presque autant y voient un motif de sécurité financière à long terme.